Pourquoi je propose un tantra désexualisé… mais pas moins intense

Valérie-Anne Jouinot • 11 juillet 2026

Pourquoi je propose un tantra désexualisé…

Lorsque l'on parle de tantra, beaucoup imaginent immédiatement sexualité, nudité, pratiques de couple ou exploration sexuelle.

Pourtant, il existe aujourd'hui de nombreuses façons d'aborder le tantra.


Pour ma part, j'ai choisi une voie différente : un tantra profondément incarné, intense, mais désexualisé.

Ce n'est ni un tantra blanc qui choisirait de laisser la sexualité à l'arrière-plan, ni un tantra rouge centré sur son exploration.

Mon approche se situe probablement quelque part entre ces deux courants. Elle reconnaît pleinement la dimension sensuelle, relationnelle et énergétique de l'être humain, sans pour autant faire de la sexualité ou de l'exploration sexuelle un objectif ou un passage obligé.


Avec les années, je me suis rendu compte que je ne me reconnaissais finalement ni dans le tantra blanc, ni dans le tantra rouge tels qu'ils sont souvent présentés aujourd'hui dans le néo-tantra.

Le tantra blanc me semble parfois manquer d'incarnation, de sensualité, de vie. Comme s'il manquait quelque chose.


À l'inverse, dans certains stages de tantra rouge que j'ai pu vivre, j'ai souvent observé beaucoup de sensualité, de proximité, parfois de sexualité… mais sans toujours retrouver cette profonde présence à soi, à son corps, à son énergie.


Bien sûr, ces expériences peuvent permettre de faire bouger certains conditionnements. Je ne le nie absolument pas. Mais j'ai souvent eu le sentiment qu'au fond, les mécanismes les plus enfouis restaient encore présents : les attachements, les besoins de reconnaissance, les peurs, les attentes, les identifications.

Comme si le personnage avait simplement changé de costume.


Le conditionnement ultime est peut-être cette croyance bien enracinée d'être uniquement ce personnage, avec son histoire, ses blessures, ses désirs et ses manques.


Pour ma part, ce qui m'intéresse aujourd'hui est moins la transformation du personnage que la découverte de cet espace de présence qui existe en deçà de tous ces conditionnements.


Car pour moi, le problème n'est pas la sensualité, le plaisir ou même la sexualité. Le problème est de rester identifié aux mêmes mécanismes inconscients tout en les habillant d'un vocabulaire tantrique ou spirituel.


Un chemin personnel de plus de dix ans


Pendant plus de dix ans, j'ai moi aussi cherché à amener davantage de conscience dans la sexualité. J'ai exploré différentes approches, différents stages, différentes pratiques.

Et progressivement, une évidence s'est imposée à moi : on ne peut pas simplement ajouter un peu de conscience à nos anciens conditionnements et espérer que tout change.


Car bien souvent, les mêmes mécanismes continuent d'opérer en arrière-plan : la recherche de plaisir, le besoin de connexion, la peur du manque, les attentes, les projections, la séduction ou encore les blessures affectives. Simplement avec un vocabulaire plus spirituel.


J'ai également observé qu'il était extrêmement difficile de sortir de certains conditionnements en passant directement par la sexualité. J'ai même parfois observé une certaine forme de dépendance à ces expériences.

Certaines personnes semblent avoir besoin de retourner sans cesse en stage pour retrouver ces états de connexion, de fusion ou d'intensité.


Or, pour moi, le tantra devrait au contraire nous rendre plus libres. Plus autonomes. Capables d’amener et de vivre cette intensité dans notre quotidien.


Une expérience qui m'a profondément questionnée


Lors de mon tout premier stage de tantra, il n'y avait aucune règle particulière concernant la sexualité en dehors des pratiques, comme c'est encore le cas dans de nombreux endroits.

Je ne venais absolument pas pour cela.


Et pourtant, je me suis retrouvée à vivre une expérience intime avec un autre participant.

Avec le recul, je peux dire aujourd'hui que je l'ai regretté.


Non parce qu'il y aurait quelque chose de mal dans la sexualité.

Mais parce que j'ai compris plus tard à quel point les pratiques tantriques peuvent nous amener dans des états de conscience particuliers.


Le cœur s'ouvre. Les défenses tombent. Nous devenons plus sensibles, plus vulnérables, plus perméables.

Il peut exister des phénomènes de fusion, des besoins de connexion très puissants, une influence du groupe ou certaines projections.


Le consentement est évidemment essentiel. Mais il me semble également important de reconnaître toute la complexité de ces états particuliers. Dans certains contextes, notre discernement peut être altéré, des blessures ou besoins inconscients peuvent être davantage activés, et le consentement peut alors devenir plus nuancé et plus complexe qu'il n'y paraît. J'en parle également dans mon livre sur les dérives du néo-tantra.


Aujourd'hui, avec le recul, je ne vivrais plus cette situation de la même manière. Et surtout, je me suis aperçue qu'elle ne m'avait finalement apporté rien de particulièrement profond ni épanouissant.

Elle n'a pas changé ma relation à moi-même. Elle n'a pas fondamentalement transformé ma manière d'aimer. Elle n'a pas fait de moi un être plus conscient, non.


Car je crois aujourd'hui que, sans véritable prise de conscience intérieure, rien ne change réellement en profondeur. Les expériences, aussi intenses soient-elles, ne suffisent pas en elles-mêmes à nous transformer.

Tant que certains mécanismes inconscients ne sont pas réellement vus et compris, ils continuent bien souvent à se rejouer sous d'autres formes.


Ce n'est donc pas simplement par les expériences ou les pratiques que les choses changent, mais par la qualité de conscience que nous mettons sur ce qui est vécu.


Pourquoi je propose un tantra désexualisé


Ce choix est le fruit des nombreuses observations faites pendant plus de dix années passées à explorer le tantra et ses différents courants. J'ai pu y observer certaines richesses, mais aussi certains écueils, voire certaines dérives, que j'aborde plus en détail dans mon deuxième livre. Je ne reviendrai pas sur ces aspects ici.


Au fil du temps, j’ai fini par comprendre qu'il était extrêmement difficile de sortir de certains conditionnements en passant directement par la sexualité. Cela me semble être un véritable défi.


En effet, notre société est déjà énormément centrée sur la stimulation, la recherche de plaisir, l'excitation, la satisfaction immédiate et l'hypersexualisation. Depuis notre plus jeune âge, nous sommes largement conditionnés dans cette direction.


Alors pourquoi remettre encore davantage d'attention sur cela ? Même une sexualité lente ou dite "consciente" n'échappe pas nécessairement aux conditionnements. Si ceux-ci sont toujours présents, alors elle reste, à mes yeux, une sexualité conditionnée.


J'ai donc ressenti le besoin d'explorer autre chose. De découvrir ce qu'il est possible de vivre lorsque la sexualité ne constitue plus le point de départ ni le centre autour duquel tout s'organise.

J'ai progressivement compris que ce qui me semblait le plus transformateur se trouvait ailleurs : dans la Présence.


Apprendre à ralentir. À ressentir l’énergie. À respirer. À accueillir l'intensité sans chercher à la transformer en acte. À laisser l'énergie circuler dans l'ensemble du corps.

Et tout cela non comme une pratique sexuelle, mais comme une manière d'habiter pleinement l'instant présent.


Puis découvrir qu'il est possible de vivre beaucoup de plaisir, d'amour, de connexion et d'intensité sans que cela passe nécessairement par la sexualité.


Car avant de rencontrer véritablement l'autre, il me semble essentiel d'apprendre à se rencontrer soi-même.

À rencontrer son corps, son énergie, sa propre présence.

Sinon, la sexualité risque de rester un écueil, une recherche de complétude ou une quête sans fin.


Cependant, je ne nie pas la sexualité. Je cherche simplement à lui redonner sa juste place.

Elle devient alors un choix. Un choix conscient.


Je ne considère pas non plus l'excitation ou le désir comme un problème. Ils peuvent se manifester. Ou non. Ils deviennent simplement une expérience parmi d'autres. Une expérience neutre, avec laquelle il n'y a rien de particulier à faire : ni refoulement, ni passage à l'acte, ni recherche particulière.


Il ne s'agit pas de réprimer quoi que ce soit. Bien au contraire. Il s'agit d'apprendre à accueillir pleinement cette énergie, à la ressentir, à lui laisser de l'espace et à observer ce qu'il se passe lorsqu'elle n'est plus immédiatement orientée vers un objectif ou une décharge.


Peut-être avons-nous simplement perdu l'habitude de laisser certaines sensations exister, sans chercher immédiatement à les satisfaire, les contrôler ou les transformer en action.


Je ne crois d'ailleurs pas qu'il existe une « énergie sexuelle » séparée du reste. Il existe simplement une énergie de vie. Une même énergie qui peut se manifester sous des formes différentes.


Lorsque nous apprenons à vivre davantage depuis cet espace intérieur, alors la sexualité elle-même peut progressivement se transformer. Non pas parce que nous cherchons à la rendre plus consciente, mais parce qu'un nouvel état d'être s'est installé en nous.

Je ne cherche donc pas à vivre une sexualité plus consciente. Je cherche à vivre plus consciemment.


Un tantra intense… autrement


J'ai aussi découvert peu à peu que les expériences les plus intenses et nourrissantes de ma vie n'étaient pas forcément sexuelles.

Un regard. Une présence. Un sourire. Une sensation d'ouverture du cœur. Une sensation de vie circulant dans tout le corps.

Cela peut être infiniment plus bouleversant.


Peut-être est-ce moins glamour. Moins séduisant.

Mais à mes yeux, c'est aussi beaucoup plus profond, plus durable et plus transformateur.


J'ai également constaté que lorsque nous apprenons à ralentir, à respirer, à nous détendre, à être pleinement présents et disponibles à la vie au quotidien, l'énergie peut progressivement se déployer plus librement dans l'ensemble de l'être.


Et cela peut parfois devenir extrêmement intense.

On découvre alors avec surprise qu'il n'est plus nécessaire de rechercher constamment certaines expériences pour se sentir vivant, relié ou profondément nourri.


Lorsque la vie devient plus « extatique » au quotidien, lorsque nous apprenons à nous sentir profondément vivants dans l'instant présent, la sexualité cesse peu à peu d'être une quête ou un besoin auquel nous demandons de nous apporter quelque chose. Elle retrouve simplement sa juste place.


Pour moi, ce n'est pas le tantra qui doit être ramené à la sexualité.

C'est le tantra qui, lorsqu'il est vécu au quotidien, finit naturellement par imprégner la sexualité.

Et cela change tout.


Je ne cherche donc pas à sexualiser le tantra. Je cherche à amener davantage de présence dans la vie.

À apprendre à vivre davantage d'amour, de conscience et d'intensité instant après instant.


Et c'est peut-être aussi pour cela que je ne crois pas qu'il soit nécessaire de passer par la sexualité pour explorer toute la richesse du tantra.


La sexualité tantrique n'est pas supérieure

Au fil de mon chemin, j'ai également observé un autre écueil dans certains milieux tantriques : celui de faire de certaines formes de sexualité un nouvel idéal à atteindre.

Comme si une sexualité lente, méditative ou dite « tantrique » était nécessairement plus évoluée, plus consciente ou plus spirituelle.


Pour ma part, je ne le crois pas. Je ne pense pas qu'il existe de hiérarchie entre les différentes manières de vivre la sexualité. Une sexualité lente et méditative n'est ni meilleure ni moins bonne qu'une sexualité plus intense ou plus primale. Ce sont simplement différentes expressions possibles de l'énergie de vie.


Tout cela fait partie de l'expérience humaine. Cela devient un choix sur la palette des possibilités.

Ce qui me semble réellement important n'est pas tant la forme que prend l'expérience, mais l'état intérieur à partir duquel elle est vécue.


Car il est tout à fait possible de vivre une sexualité très lente tout en restant profondément conditionné, dans des attentes, des projections ou des attachements.


De la même manière, il est possible de vivre un moment très spontané, très incarné, profondément vivant et parfaitement juste.

Pour moi, la conscience ne réside pas dans la forme.

Elle réside dans la qualité de présence à ce qui est vécu.


Le risque de chercher encore quelque chose à l'extérieur


J'ai également pu constater que certaines expériences très intenses vécues en stage peuvent parfois créer une forme de quête. Cela a d'ailleurs longtemps été mon cas moi aussi.


On a vécu quelque chose de magnifique. Un état de connexion, d'ouverture, de présence, d'amour, d’intensité. Et naturellement, on peut avoir envie de revivre cela.

Puis d'y retourner. Encore et encore.

Comme si l'on cherchait à retrouver cette expérience.


Pour ma part, je crois qu'il existe là un piège subtil, mais néanmoins réel.

Car si nous avons besoin de certaines circonstances particulières, de certains stages ou de certaines pratiques pour nous sentir pleinement vivants, alors peut-être n'avons-nous pas encore découvert que cette source existe déjà en nous… et qu'elle est, en réalité, disponible à chaque instant..


Je crois aujourd'hui que le véritable chemin consiste progressivement à découvrir cette présence au cœur même de la vie ordinaire. C'est d'ailleurs tout l'objet de mon premier livre Incarner le tantra.


Apprendre à ressentir l'amour, la connexion et l'intensité sans qu'elles dépendent d'une expérience particulière.

Et paradoxalement, lorsque cela se produit, la sexualité elle-même peut devenir plus libre. Plus légère. Moins chargée d'attentes.


En conclusion


Je ne cherche pas à passer d'une sexualité « ordinaire » à une sexualité prétendument plus consciente. Je ne cherche pas à remplacer un conditionnement par un autre.

Je cherche plutôt à découvrir cet espace intérieur à partir duquel toutes les expériences deviennent possibles, sans qu'aucune ne soit érigée en idéal.


Mon intention n'est donc pas de supprimer la sexualité, de la nier ou de refouler quoi que ce soit, bien au contraire.

Mais de faire en sorte qu'elle ne soit plus le centre autour duquel tout s'organise.

Qu'elle ne devienne plus une condition nécessaire pour se sentir vivant, aimé, apaisé, relié ou intense.


Je crois profondément que notre société a aujourd'hui besoin d'explorer d'autres chemins.

Car malgré des décennies de libération sexuelle, nous continuons à observer beaucoup de souffrance, de confusion, de dépendances, de blessures et de difficultés relationnelles autour de ces questions.


Peut-être est-il temps de remettre davantage de présence, de conscience, de simplicité et d'amour au cœur de nos vies.

D'apprendre à nous sentir vivants autrement.

D'apprendre à nous relier autrement.


Et peut-être de redécouvrir que l'intensité, l'amour et la joie ne dépendent pas nécessairement de la sexualité.

Ils peuvent se vivre dans un regard. Une présence. Un sourire. Une étreinte. Un instant de profonde connexion.


Et lorsque nous apprenons à habiter pleinement ces espaces, alors la sexualité elle-même peut naturellement se mettre à évoluer. Non plus comme une quête. Mais comme une expression parmi d'autres de la vie qui circule en nous.


Je ne cherche donc pas à vivre une sexualité plus consciente. Je cherche à vivre plus consciemment.

Et lorsque cela se produit, la sexualité se transforme naturellement.

❤️



Si cet article a éveillé votre curiosité, je vous invite à découvrir les autres articles de mon blog, mes vidéos YouTube et mes livres consacrés au tantra. Vous y trouverez de nombreux contenus pour approfondir cette approche et mieux comprendre ce qu'elle peut apporter au quotidien.


Et si vous souhaitez vivre cette expérience plutôt que simplement la découvrir en théorie, je serai heureuse de vous accompagner dans un cadre sain, respectueux et conscient.



Valérie-Anne Jouinot
Coach bien-être & tantra


« Je ne parle pas du Tantra, je vous le fais vivre et ressentir »

Pour en savoir plus sur mes accompagnements : www.coeuraccords.fr



Pour aller plus loin...


  • Mes vidéos YouTube :

CœurAccords – Coaching Tantrique


  • Mes Livres :

Incarner le Tantra
Les dérives cachées du néotantra